Annecy 2017 : L’animation géorgienne, des débuts à nos jours

Annecy 2017

Le Festival d’Annecy est chaque année l’occasion de découvrir les dernières superproductions à gros budget, mais pas seulement : des conférences permettent de découvrir les travaux de pays souvent, à tort, méconnus sur le plan de l’animation.

Pour l’édition 2017, nous avons assisté à une conférence sur l’animation en Géorgie. Etaient présents :
– Mariam Kandelaki, réalisatrice, productrice (Studio Kvali XXI) et organisatrice du festival d’animation de Nikozi ;
– Ana Chubinidze, réalisatrice et artiste (Studio Kvali XXI) ;
– Dato Kiknavelidze, réalisateur/producteur/art director (Lira Production Studios) ;
– Natia Nikolashvili, directrice de l’animation (20 Steps Productions) ;
– Olivier Catherin, Responsable fonds animation (Picatnovo/Région Nord Pas-De-Calais Picardie).

Annecy 2017

La conférence s’est déroulée en deux parties : un retour sur l’histoire de l’animation en Géorgie, puis une présentation de projects récents.

La Géorgie, une histoire mouvementée

Mariam Kandelaki a débuté la conférence avec un retour historique très complet sur l’animation géorgienne.

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Mariam Kandelaki

Le cinéma est arrivé relativement tôt en Géorgie, quelques mois après les premières projections des frères Lumière de 1895. Rapidement, des artistes locaux utilisent cette technique nouvelle.

Dans les années 20, l’animation débute, d’abord via de petits films de propagande.
Le premier projet notable est Chemi bebia (My Grandmother) de 1929. Réalisé par Kote Mikaberidze, ce film d’un peu plus d’une heure oscille entre comédie et drame ; en filigrane, une critique de la bureaucratie : le résultat semble d’ailleurs avoir fortement déplu à la censure soviétique.
Sur le plan technique, on y trouve beaucoup d’expérimentation : live-action, cut-out, cel animation, stop-motion…

Ci-dessous : Chemi bebia (1929)
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Dans les années 30 et 40, la situation va se compliquer : la répression communiste freine le secteur et limite la créativité. Certains projets voient tout de même le jour, comme Argonavtebi (Kolkheti) (Argonauts) de Lado Gudiashvili (1935). Inspiré du célèbre mythe grec, il fait appel à de l’animation en noir et blanc.
Durant la seconde guerre mondiale, la production est perturbée mais des projets satiriques sont produits.

Ci-dessous : Argonavtebi (1935)
Argonauts

C’est après la fin du conflit que le secteur prend enfin de l’essor, dans les années 50 et 60, avec plusieurs projets au style manifestement inspiré des productions Disney. On pourra citer Свадьба соек (que l’on peut traduire par Mariage de geais) en 1957, Tsuna da Tsrutsuna (Tsuna et Tsrutsuna) en 1955, par Arkadi Khintibidze.

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Ci-dessus : Свадьба соек (1957)
Ci-dessous : Tsuna da Tsrutsuna (1955)
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L’animation en stop-motion est employée par le réalisateur Karlo Sulakauri, par exemple avec la série de films Salamuras tavgadasavali (Les aventures de Salamura), entre 1975 et 1979.

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Salamuras tavgadasavali

A la fin des années 60, une troisième génération d’animateurs a émergé : ils seront les premiers animateurs réellement professionnels, issus de l’Institut national de la cinématographie  S. A. Guerassimov (VGIK) de Moscou. La technique et l’équipement progressent.

Ci-dessous : Ra-Ni-Na (1974, par Mikheil Bakhanov)
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Dans les années 80, la quatrième génération arrive. Une poignée d’artistes de l’époque, issus de la même école (l’institut Rustaveli), développent des styles très variés.

The Raven (1981, Dato Takaishvili)
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Plague (1983, Dato Takaishvili)
Annecy 2017

Vient ensuite un long sommeil : durant les 25 dernières années, l’effondrement du système soviétique et les remous géopolitiques associées créent un vide important. Les conflits marquent d’ailleurs encore le secteur : les négatifs de nombreux films animés géorgiens se trouvent à Moscou du fait de l’appartenance passée du pays à l’URSS. Les archives en Géorgie ont le plus souvent été détruites.
La question de l’accès et de la restitution des archives stockées à Moscou reste sensible : rappelons que les deux états étaient en guerre il y a 10 ans à peine. Le sujet est toutefois en progrès.
D’ici à ce que la situation devienne fluide, Berlin constitue une alternative : la ville allemande dispose de copies de certains films, d’une qualité nettement supérieure aux versions accessibles en Géorgie.

Malgré la difficile période des années 90 et 2000, a souligné Mariam Kandelaki, le secteur retrouve des forces avec des formations adaptées, de nouveaux artistes et même un festival.

Nikozi, au coeur du renouveau ?

Le petit village de Nikozi, au Nord-Ouest de la capitale Tbilissi, est un lieu central de ce renouveau.
Situé près de la frontière avec la Russie, il est pourtant au coeur des zones touchées par la deuxième guerre d’Ossétie du Sud, qui opposa Géorgie et Russie en 2008.
Et pourtant, une école d’art (dont l’animation) y a ouvert ses portes. Depuis 2011, un festival s’y tient : l’International Animation Film Festival « Nikozi ». Un évènement atypique qui mêle projets passés et récents, et mêle des publics divers : villageois et professionnels se mêlent.

Découverte de la nouvelle génération

Les intervenants ont ensuite évoque leurs derniers projets.

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Ana Chubinidze

– Ana Chubinidze présentait au festival son film Le Petit Bonhomme de poche, une coproduction franco-géorgienne de Folimage, Nadasdy Film, Kvali XXI.

Le synopsis : Un petit bonhomme mène une vie tranquille dans une valise installée sur un trottoir dans la grande ville. Un jour, son chemin croise les pas d’un vieil aveugle. Tous deux vont alors nouer des liens d’amitié grâce à la musique.

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Dato Kiknavelidze (Lira Production Studios)

– Dato Kiknavelidze, de son côté, nous a présenté un aperçu de son court-métrage Geno, de Lira Production. Un projet qui met en scène des amphibiens confrontés à la destruction de l’environnement : un thème manifestement cher à Dato Kiknavelidze.
Il a souligné que le projet comportait des risques, du fait du manque d’expérience de l’équipe et de l’utilisation d’animation 3D. Dato Kiknavelidze considère cependant que le défi a été relevé. La prochaine étape ? Adapter le court en long-métrage.

– Natia Nikolashvili, enfin, a présenté un projet encore au stade de concept : le court Chinkebi. Le film s’inspire à la fois de l’archéologie géorgienne et de la mythologie locale, avec un jeune artiste préhistorique qui fera la rencontre d’une créature surprenante…
Là encore, l’ambition est au rendez-vous, puisque des adaptations sous forme de série et film ont été évoquées.

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Natia Nikolashvili (20 Steps Productions)

Un lourd passé, mais de l’ambition

On l’a vu tout au long de cet article, le passé lourd de la Géorgie a malheureusement été un frein au secteur de l’animation dans ce pays.
L’industrie reprend toutefois peu à peu des forces, sous l’impulsion de studios et artistes. Comme l’ont souligné les intervenants, le fait d’avoir pu venir à Annecy présenter leurs projets est en soi un pas important.

Reste donc à suivre les futurs projets du pays, notamment lors des prochaines éditions de festivals internationaux. Nous aurons sans aucun doute l’occasion de vous en reparler.

Ci-dessous : échange entre le public et les intervenants après la conférence, sur une terrasse de l’Impérial Palace.
Annecy 2017

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