Werevo, faites travailler des étudiants pas cher plutôt que de vrais pros…

A votre avis, jusqu’où va bien pouvoir aller l’ubérisation généralisée du monde du travail, et plus particulièrement dans les métiers liés à la création numérique ?

 

Après les plateformes permettant de faire travailler des artistes ou des développeurs étrangers à des tarifs parfois 10  ou 20 fois inférieurs à ceux du marché français ou européen, voilà maintenant la nouvelle plateforme Werevo, qui apporte sa pierre à l’édifice et propose de faire travailler des étudiants autoentrepreneurs à des prix défiant toute concurrence.

 

C’est pas beau internet ?
Voilà typiquement le genre d’actu qui nous pose à chaque fois un cas de conscience, car nous ne souhaitons nullement encourager ce genre de démarche en leur faisant de la publicité, mais on ne résiste cependant pas à la tentation d’en parler quand il a matière à débat, et quand le fond va bien au-delà du sujet.

 

Dans le cas présent, nous avons à faire à un nouveau site d’emplois, qui d’un côté court-circuite des milliers de professionnels en proposant à n’importe quelle société de faire travailler à bas cout un jeune créatif (qui manque d’expérience et ne prend pas forcément en compte dans ses tarifs les investissements en temps, apprentissage, veille, matériel, licences, statut avec les charges fixes et sociales, etc.), mais qui en même temps donne l’opportunité à de jeunes créatifs qui débordent de motivation et de talent, d’effectuer de petites prestations, afin d’amortir plus facilement leurs études, tout en grappillant un peu d’expérience au passage. 

 

 


 

Quoi de neuf sous le soleil ?
Nous sommes nombreux à avoir commencé notre carrière avec de petits boulots, parfois sous-payés, voire pas du tout, se faisant au mieux exploiter moyennant un peu d’expérience ou négociant un accès à du matériel, et dans les mauvais cas de figure, en se faisant totalement arnaquer… Ça fait toujours mal au trippes, mais c’est une facette du métier qui rentre.  Quand on commence tout juste, on peut encore mettre ça sur le compte du ‘rite initiatique’ du débutant ; cela a au moins le mérite d’apprendre à demeurer vigilant et structurer ses relations clients et éviter les  pièges. Bien sûr, personne n’est jamais à l’abri d’un impayé, mais il y a tout de même certaines règles à respecter et à imposer avec les gens avec qui on travaille pour minimiser ce genre de risque, pour pouvoir bosser simplement dans la sécurité et la confiance. (pour exemple, VinceFX sur le forum a justement été victime d’une personne peu recommandable et se retrouve dans une situation compliquée.)  

 

Ce service propose ainsi de faire travailler des étudiant sur des projets qui demandent une réelle expérience technique, artistique et un certain sens de la négociation. Les risques semblent importants de se retrouver rapidement avec prestations de 10 jours de travail facturés à 3€ de l’heure, ou d’autres chimères issus du même bestiaire…  D’ailleurs, il n’est même pas question de stage et encore moins d’implication sur le moyen/long terme avec les sociétés donneuses d’ordres ! Rappelons au passage que le statut autoentrepreneur offre des avantages certains pour exercer une activité secondaire, mais en tant qu’activité principale il faut bien y réfléchir avant de se lancer. S’il permet de bénéficier d’une couverture sociale, le plafond de facturation annuel reste limité et il ne donne droit à aucune allocation chômage.

Voilà la liste du type de services proposés pour le moment (notons que ça pourrait aller bien plus loin…) : « Stratégie de référencement – Web Design – Création de site internet – Community management (réseaux sociaux) – création d’algorithmes – Application mobile – Web vidéo – codeur – Objets connectés – Stratégie pour projet innovant – Ingénierie – Business Plan – étude de marché – étude de satisfaction et notoriété – veille concurrentielle – Audit – Analyse et optimisation financière – Stratégie de communication – Stratégie d’entreprise – Positionnement – Création de tableau de bord – Créer le buzz – Growth Hacking-Recherche d’informations et documentation juridique… »

 

A vous de juger.

 

Quelles sont et seront les conséquences de ce type de démarche, et les transformations économiques et sociales qu’elles sont susceptibles d’engendrer ?
Des sites quasi équivalents existent aussi depuis un moment pour les prestataires professionnels, et leur dimension internationale génère des écarts de tarifs considérables selon les couts moyens de main-d’œuvre des pays d’origine des membres. Cela les rend souvent modérément, voire très peu intéressants pour une majorité de prestataires occidentaux. Si comme pour la météo, on nous parle depuis des années des chiffres du chômage en berne, toutes les actualités plus ou moins récentes contribuent à remettre en cause le monde du travail et l’approche même que l’on en a, selon le statut à travers lequel on exerce son activité. Après des mois de manifestation contre la loi travail (adoptée il y a 10 jours pour info et/ou rappel), un remaniement discutable des conventions collectives des intermittents, les #NuitsDebouts et les graines qu’elles ont semées, ou encore des initiatives en tous genres comme par exemple les films « Merci Patron » de François Ruffin ou « Comme des Lions » de Françoise Davisse, et on en passe, on peut se demander ce que vient faire ce genre de service dans la mare.

 

Alors, quel futur pour les travailleurs de la création numérique, tous statuts confondus ?
Finalement pour en venir à notre petit monde, que penser de l’avenir de la profession de graphiste (au sens très large), d’artiste, d’auteur, d’inventeur, de créateur numérique  (cochez la case correspondante)? Surtout quand on sait que comme dans bien d’autres secteurs, l’industrie CG est déjà largement mondialisée, que ce soit à travers les exemples de sites précédemment évoqués ou avec la plupart des gros studios d’animation, de Fx ou de jeux qui ont depuis longtemps des filiales implantées dans des zones à fiscalité et/ou main d’œuvre stratégique, ou quand ce n’est pas des prestataires indirects qui servent de petites mains pour effectuer des tâches « volume », sans avoir à s’encombrer avec une implantation à l’étranger.

 

Bon, mais tout n’est vraiment pas noir, les nombreux macros marchés liés à la création numérique restent prolifiques et nous restons dans une branche dans laquelle il est encore possible de tirer son épingle du jeu. Les formations de qualité sont nombreuses et les opportunités de mettre en avant ses travaux et se faire connaitre tout autant. Que ce soit à travers des salons, des rencontres diverses et variées, des sites portails comme ici, des places de marchés de ressources ou de didacticiels, des réseaux sociaux, la liste est longue et les occasions sont plus nombreuses que jamais, pour peu que l’on soit travailleur, persévérant, audacieux, et que l’on sache cultiver sa passion, auprès des autres, comme avec soi-même.

 

Voilà, c’est tout pour cette petite chronique indirecte et sociale de la semaine. Vous trouverez deux rapides sondages ci-dessous, merci de prendre le temps d’y répondre, nous publierons les résultats d’ici quelques semaines. Et comme toujours, vos réactions, avis, retours d’expérience, commentaires sont plus que les bienvenus !

 

Quel est votre statut professionnel ?

Salarié
Intermittent
Maison des Artistes ou des Auteurs
Chef d’entreprise ou profession libérale
Auto-entrepreneur
Etudiant
Chomage
Sans Statut, ni emploi pour le moment

Quiz Maker

 

 

Embaucheriez-vous des étudiants auto-entrepreneur pour vous aider sur des projets ?

Non mais ca va pas ?
Pourquoi pas, mais sur des taches très spécifiques et pas très techniques
Ponctuellement, et si je dégote une petite perle, c’est le meilleur moyen de former quelqu’un pour le garder et avoir un artiste directement opérationnel une fois ses études terminés
Totalement ! C’est un super moyen pour augmenter mes marges !
Sans avis…

Poll Maker

 

 

Les illustrations de ce billet sont signées John Holcroft; si vous aimez son style, son site regorge de petites pépites.

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