SATIS 2015 : conférence "3D et Open Source"

SATIS 2015
De gauche à droite : Fabien Castan, François Grassard et Rémi Lalanne.

Dans le cadre du Satis 2015, qui se déroulait du 17 au 19 novembre à Paris, une conférence intitulée “3D et Open Source” était organisée.

Trois intervenants ont présenté des projets :
– Fabien Castan, ingénieur R&D chez Mikros Image ;
– François “CoyHot” Grassard, très actif dans la communauté Blender ;
– Rémi Lalanne de Primcode.

Blender : vers une poussée dans les studios ?

François Grassard a entamé sa présentation par un bref historique de Blender. Rapidement, il est arrivé au coeur du sujet : l’utilisation de cet outil au sein des studios.
Réaliste et pragmatique, il a insisté sur le fait que la gratuité ne doit pas être la raison première pour sauter le pas, d’autant plus que cet argument est tout simplement faux : changer d’outil implique d’adapter son pipeline et de former des artistes, de perdre en expérience, donc de dépenser temps et argent.

Pour François Grassard, ce sont avant tout les fonctionnalités proposées qui doivent séduire ; dans cette optique, ce sont des avancées comme l’arrivée de Cycles qui permettront à Blender de se faire une place dans les studios.

Il a également mis en lumière un changement de philosophie ces dernières années. Très, trop longtemps, les développeurs de Blender ont voulu en faire un outil unique et auto-suffisant, donc isolé. Or, on a récemment assisté à des efforts de développement pour faciliter son intégration dans un pipeline, condition nécessaire pour son adoption dans le secteur professionnel. De même, l’intégration est rendue plus facile par le gain en expérience et méthodologie.

Autre problématique, le manque d’artistes formés à Blender. Pour François Grassard, une évolution nécessitera une implication de la part des écoles.

Au final, François Grassard nous a donc proposé une vision lucide et réaliste des freins à l’adoption de Blender en entreprise. Des freins qui, pour lui, sont retirés peu à peu.

Mikros Image : open source et photogrammétrie

Fabien Castan nous a présenté l’approche de Mikros Image concernant l’open source. Au sein des différentes équipes R&D du studio (VFX, animation, fonctions diverses comme le stockage de données), de nombreux outils ont été créés. Le plus souvent, il s’agissait de répondre à un besoin interne, pour améliorer la productivité, mais Mikros Image a également développé des logiciels pour d’autres entreprises.

Le studio a mis sur pied un site dédié pour ses activités open source : //opensource.mikrosimage.eu/. On y retrouvera par exemple :
ColorTribe, une suite d’outils multiplateforme de calibration et mesure de la couleur ;
TuttleOFX, un framework destiné au processing de séquences d’images ;
ColorPipe-tools, un ensemble d’outils de gestion des LUTs/espaces colorimétriques qui s’appuie sur OpenColorIO.

A noter, certains outils proposés ne sont plus maintenus : dans ce cas, Mikros Image l’indique de façon explicite.

Après une présentation globale, Fabien Castan est revenu plus en détail sur le travail de Mikros sur la photogrammétrie, autrement dit le scan 3D à partir de photos.
Le studio a commencé à s’intéresser au sujet alors que les solutions actuelles (Photoscan, Recap, etc) n’existaient pas ou étaient loin d’être aussi puissantes. En collaboration avec d’autres entités (issues du secteur de la recherche académique ou du monde de l’entreprise), Mikros Image a donc travaillé sur une librairie adaptée à ce domaine, OpenMVG, sur une interface dédiée ainsi que sur un plugin Maya : MayaMVG.

SATIS 2015

Fabien Castan nous a précisé que Mikros Image ne s’appuie pas uniquement sur OpenMVG pour ses besoins en photogrammétrie. En fait, tout dépend des cas :
– pour récupérer un décor de tournage complet détaillé, OpenMVG sera très adapté, d’autant qu’il offre de très bonnes performances sur des reconstruction de grande taille. Mieux encore, le fait d’avoir un outil maison facilite les interactions avec, par exemple, les outils de tracking. Avec OpenMVG, Mikros dispose donc de fonctionnalités qui n’existent pas avec les outils tiers.
– inversement, pour scanner un prop et disposer d’un volume approximatif et lissé, des solutions tierces comme celles d’Autodesk pourront être plus adaptées.

Si seule la librairie est open source, l’interface dédiée et le plugin MayaMVG devraient aussi, à terme, être disponibles publiquement. Ils nécessitent encore du développement avant de pouvoir être proposés à tous.

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Damas Software, par Primcode

Rémi Lalanne, enfin, a évoqué le produit conçu par Primcode : Damas Software, un gestionnaire d’assets nodal open source.

Pour financer le développement initial, Primcode avait utilisé une approche de type crowdfunding : des utilisateurs potentiels contactés en amont ont soutenu le développement.
Depuis, Primcode se finance via le support, le service (développement à la demande, installations, etc) et la formation. Depuis cette année, l’entreprise bénéficie également d’aides publiques.

Rémi Lalanne a souligné ce qui constitue pour lui une différence majeure entre logiciels classiques et open source :
– pour un éditeur classique comme Autodesk, le client paie en grande partie le travail accompli, les années de développement, mais n’a pas forcément de garanties sur les développements futurs ;
– inversement, avec un outil open source comme Damas Software, le travail passé est gratuit et le client investit dans les développements à venir, via les demandes de développements spécifiques.

Pour Rémi Lalanne, ces deux approches instituent des rapports de force totalement différents entre éditeurs et utilisateurs.

Damas Software

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