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Les anciens propriétaires de Rhythm & Hues accusés d'avoir pillé le studio

Début 2013, le studio d’effets visuels Rhythm & Hues annonçait sa faillite. Une nouvelle qui avait fortement marqué le secteur, d’autant que dans le même temps, les équipes du studio avaient remporté un Oscar pour les effets du film L’Odyssée de Pi.
Le destin du studio était alors devenu pour beaucoup d’artistes le symbole d’un secteur à la dérive, avec un modèle économique qui ne fonctionnait plus.

L'Odysse de Pi

Deux ans après cet évènement, une plainte éclaire la chute du studio. En effet, le Trustee (entité en charge d’administrer des biens en faillite) de Rhythm & Hues vient de porter plainte contre les anciens dirigeants et administrateurs. Une information annoncée en exclusivité par le Hollywood Reporter.

Les accusations sont fracassantes : non seulement les anciens dirigeants auraient mal géré la société, mais ils auraient même ouvertement « pillé » le studio via des transactions douteuses.

La plainte vise d’anciens membres de la direction du studio ou de son conseil d’administration : John Patrick Hughes, Pauline Ts’o, Keith Goldfarb, Lee Berger, Prashant Buyyala, Raymond Feeney, David Weinberg.
John Patrick Hughes, qui a possédé jusqu’à 64% des parts du studio, est le principal responsable pointé du doigt. Pauline Ts’o et Keith Goldfarb, eux, possédaient 18% chacun.

Les accusations sont doubles.

Se focaliser sur les effets visuels pour le cinéma, une erreur stratégique ?

Tout d’abord, une gestion désastreuse de la société. Rhythm & Hues avait une faiblesse majeure : trois clients (Universal, la Fox, Warner) constituaient 97% environ de ses revenus. La plainte affirme que les dirigeants auraient dû chercher d’autres clients pour rendre le studio moins fragile.
Cette partie de la plainte dénonce en fait des éléments connus : la faible rentabilité des contrats VFX/3D pour le cinéma (entre 3 et 5% selon la plainte), mais aussi les modifications en cours de projet ou le manque d’informations qui font qu’un film peut s’avérer être une perte sèche pour le studio.

Ici, la plainte ne fait donc pas de révélation importante, mais affirme qu’un studio de grande envergure ne peut pas, s’il veut rester solide, se focaliser uniquement sur les effets visuels pour le cinéma. La plainte désigne d’autres pistes plus rentables qui auraient permis de diversifier les revenus de Rhythm & Hues : jeux vidéo, publicité, TV, cinématiques pour l’évènementiel ou les parcs d’attractions. Autre piste évoquée, négocier des parts dans les films sur lesquels travaillait le studio.

La plainte accuse également les dirigeants de mauvaise gestion : contrats mal négociés, salariés maintenus en poste alors que la situation financière dictait plutôt de licencier une part importante des artistes pour sauver le studio.

Des accusations de « pillage » du studio

La seconde partie de la plainte, si elle s’avère fondée, révèle des faits bien plus sombres. Selon l’accusation, Hughes aurait envoyé des millions de dollars de fonds de Rhythm & Hues vers une société de biotechnologie créée par son beau-frère sous forme de « billets non garantis » : une forme de prêt qui peut rapporter des sommes importantes mais avec de faibles garanties, et donc une sécurité très limitée.
Pire, malgré un conflit d’intérêt flagrant (le lien familial), Hughes n’aurait pas demandé l’autorisation du conseil d’administration, et n’aurait pas cherché à obtenir la moindre garantie.

Toujours selon la plainte, John Patrick Hughes, Pauline Ts’o et Keith Goldfarb se seraient livrés à des transactions risquées : transferts de droits logiciels pourtant essentiels au studio, transactions immobilières risquées. Des manoeuvres qui, d’après la plainte, n’avaient pas d’intérêt pour le studio ; en revanche, le trio des principaux accusés y aurait récolté plusieurs millions de dollars.

Quelles suites ?

Le Trustee réclame aux accusés une compensation financière pour les faits allégués, mais aussi le retour de divers droits qui auraient été transférés frauduleusement.

On soulignera que les accusations portées constrastent avec le documentaire Life After Pi sur la faillite du studio. John Patrick Hughes s’y présente plutôt comme soucieux de la société et des employés.
Life After Pi est visible ci-dessous :

Pour l’heure, les accusés n’ont pas réagi officiellement.

Via le Hollywood Reporter, qui propose plus de détails sur l’affaire et le document complet de la plainte (48 pages).

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