Abominable : la contestation s’étend, Universal abandonne la sortie en Malaisie

Mise à jour du 21 octobre 2019 (voir plus bas pour l’article initial et le contexte) : Mêmes causes, mêmes effets ou presque : dans la foulée du Vietnam, d’autres pays du Sud-Est asiatique ont réagi face à la présence dans le film d’animation Abominable d’une carte qui entérine les volontés expansionnistes chinoises.
Aux Philippines, le Ministre des affaires étrangères a appelé à un boycott, mais le film n’est pas interdit.
En Malaisie, l’organisme officiel de validation des films (Lembaga Penapis Filem) avait donné son accord pour la sortie, à condition que la scène de la carte soit coupée. Hors de question pour Universal. Son distributeur United International Pictures a officiellement indiqué à Reuters : « Universal a décidé de ne pas appliquer la censure demandée par l’organisme de censure malaisien, et par conséquent ne sera pas en mesure de sortir le film en Malaisie ». D’autres sources ont précisé à Variety qu’il s’agit d’une « décision collective des studios ».
La branche française d’Universal n’a de son côté pas réagi publiquement.

Si l’on pouvait initialement se demander si la présence de la carte avait été validée en connaissance de cause par DreamWorks, les réactions du studio et d’Universal semblent confirmer que ce fut effectivement le cas.
La question n’a de toutes façons plus d’importance : DreamWorks, Pearl Studio et Universal auraient très bien pu prévoir, ou annoncer après le début de la polémique, une version spécifique du film pour des pays comme la Malaisie. Couper ou modifier la scène n’aurait demandé qu’un travail minime. A ce stade, on peut difficilement considérer la position des studios aurement que comme un choix délibéré et assumé de s’aligner sur la politique chinoise.

Côté chinois, d’ailleurs, cet aspect patriotique ne semble pas si efficace : Abominable n’a pas encore atteint les 14 millions d’euros de recettes sur place.

Publication initiale le 15 octobre 2019. Article d’origine :

Il y a quelques jours, Blizzard était au coeur de l’actualité (voir par exemple cet article du Monde) après avoir décidé de bannir de ses tournois un joueur ayant publiquement affiché son soutien aux manifestants de Hong-Kong. Face aux protestations de joueurs mais aussi d’employés, le géant du jeu vidéo avait choisi d’adoucir la peine initialement prévue.

Ce type de problématique était clairement voué à revenir sur le devant de la scène : l’immense marché chinois est une incitation forte à ne pas froisser le gouvernement local, ou à aller dans son sens.

Et justement, une nouvelle polémique surgit avec Abominable, film d’animation produit par DreamWorks et Pearl Studio (ex Oriental DreamWorks, le studio américain ayant revendu ses parts en 2018).

Abominable – DreamWorks Animation

Le film met en scène une jeune fille, ses amis et un yéti dans un périple qui les amène à voyager dans toute la Chine. Or, dans une scène au début du film, l’héroïne contemple une carte sur laquelle sont positionnés des lieux qu’elle aimerait visiter en Chine.
Le hic ? Une petite ligne en pointillés en apparence anodine, visible sur le bas de cette carte :

Capture (de mauvaise qualité) issue du film Abominable

Il s’agit en fait de la « Ligne en neuf traits« , une ligne des revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale. On y trouve Taïwan, mais aussi une zone maritime massive (environ 2 millions de kilomètres carrés). Si l’espace marin en question est essentiellement vide (en dehors de petites îles peu hospitalières), il s’agit d’une zone d’un intérêt géopolitique, économique, stratégique et militaire majeure, avec des sous-sols très riches et la possibilité de contrôler les flux maritimes.

Problème : la Chine n’est pas la seule puissance à revendiquer cette zone. Japon, Vietanam, Philippines, Brunei, Malaisie… Chaque état de la région veut défendre ou étendre son contrôle, et les revendications se recouvrent massivement, comme le montre cette carte :

Source : Le Dessous des Cartes – Mer de Chine : bataille navale ?

Résultat : des tensions régionales fortes, avec des états qui tentent d’assurer leur demandes en occupant des îlots inhospitaliers transformés en bases militaires. Cette vidéo du Dessous des Cartes (émission diffusée sur Arte) explique assez clairement ces enjeux en une douzaine de minutes, si vous souhaitez aller plus loin.

Mais revenons à Abominable : suite à la découverte de ce plan, le Vietnam a annoncé le retrait du film des salles du pays, et le gouvernement compte lui retirer sa licence d’exploitation.

Il sera intéressant de savoir dans quelle mesure DreamWorks, l’équipe de production et la réalisatrice Jill Culton étaient au courant du contenu du plan : s’agit-il du travail isolé d’un artiste qui serait passé inaperçu ? On peut en douter, vu le nombre de passages en revue que subissent assets et plans animés. Inversement, on peut trouver peu plausible que DreamWorks s’empêtre sciemment dans une telle polémique, même si l’exemple de Blizzard donné en début d’article montre que ce genre d’approche n’est pas totalement improbable.

A ce stade, DreamWorks et Pearl Studio n’ont pas officiellement réagi : nous ne manquerons pas de relayer un éventuel commentaire.
Autre élément à suivre : les résultats au box-office. Abominable a déjà récolté 110 millions de dollars dans le monde. Il sortira le 23 octobre en France.

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4 commentaires

phicata 15 octobre 2019 at 18 h 37 min
P…… Blizzard la rage!
Réponse
Shadows 15 octobre 2019 at 20 h 40 min
Un Drop Dans la Mare vient d’ailleurs de publier une vidéo sur Blizzard :

Réponse
phicata 15 octobre 2019 at 21 h 12 min

Et dans le lot des réactions une question qui doit nous interpeller tant elle nous rappelle l’ampleur du "2 poids 2 mesures":
Qu’en est-il du boycott d’ ADOBE pour avoir annulé les licences du Venezuela?
et une autre réaction, tristement drôle:
Je viens a peine de recommencer a jouer a WoW, et même si je suis pour la libération de Hong Kong, faudra me mettre un fusil sur la tempe pour que j’arrête de jouer…….

Réponse
Shadows 21 octobre 2019 at 17 h 34 min
Mise à jour de l’article, avec la situation en Malaisie et aux Philippines. Et une réaction des studios qui ne laisse plus trop de place au doute.
Réponse

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