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Court-métrage Seeking You - Jean-Julien Pous

Jean-Julien Pous, un réalisateur au profil et au parcours peu commun, nous livre son court-métrage de fin d'études : Seeking You. Oscillant entre le Canada et la ville de Honk-Kong, il nous livre une vision très personnelle d'un univers urbain chargé de poésie et de sensualité. Doté d'une sensibilité rare dans un film de fin d'études, ce projet d'animation ressemble d'ailleurs davantage à un film d'auteur qu'à un court-métrage en tant que tel. Jean-Julien se révèle être ici tant un jeune réalisateur talentueux qu'un technicien accomplit, en livrant un univers graphique très décalé par rapport à ce que l'on a l'habitude de voir en 3D. Seeking You, un projet à découvrir dès à présent, et un jeune auteur à suivre de très près, assurément !

Pour plus d'informations, visitez le site de Jean-Julien Pous

 

- Ce projet est un merveilleux hommage à Hong Kong et à de sensuelles nuits d'amour.
Comment cet épique mélange d'érotisme urbain a vu le jour ?

Jean-Julien Pous : Juillet, l'été dernier. Je vais souvent faire un tour, à l'arrière d'un taxi ou d'un bus à impériale, absorbé dans les sublimes paysages qui s'offrent à moi à chaque fois que je viens à Hong Kong. Et il y a cette pensée qui me traverse l'esprit : ma ville sera-t-elle empreinte d'un parfum de femme cette fois-ci ? Mon Hong Kong est complexe. Ce sont des souvenirs des années particulières du lycée, des étés passés ici, de sentiments forts, d'histoires à n'en plus finir, en rendant visite aux personnes qui me sont le plus chères. Mon île est, depuis le jour où je l'ai découverte, la tête penchée en arrière à regarder la cîme des gratte-ciels, un gigantesque monstre de béton et d'acier expirant son halène tiède et suffocante. Alors je suis sorti, errant dans les rues la nuit, incapable de trouver le sommeil, la prenant en photo. Elle et ses rues sales et mystérieuses, des rares personnes croisées au petit matin jusqu'à la foule intense du marché de Wanchai, au crépuscule. Mon île est une ville double-face, qui révèle tout son charme après le coucher du soleil. Et bien que ce soit un magnifique monstre de modernité, elle reste profondémment humaine. Depuis le jour où je l'ai connue, je sens les battements de mon coeur s'accélerer de manière inexplicable. Elle m'a fait rire, pleurer, et tomber profondémment amoureux d'elle, comme une histoire d'amour qui se change en passion. Elle a été ma source d'inspiration pendant de nombreuses années. Je voulais lui rendre une sorte d'hommage, à ma mesure, et comme j'aime le faire avec ceux que j'aime, je voulais la montrer telle que je la vois.


- Le résultat final a un effet intéressant – on ne peut pas lui coller d'étiquette. Est-ce que vous pouvez me donner une brève description de ce que vous avez fait ? Est-ce que la combinaison de prise de vue réelle et d'illustration est venue comme ça, ou voit-on le fruit d'une organisation méticuleuse ?

Jean-Julien Pous : Quelques jours avant de partir pour Vancouver et de commencer la production, je n'avais toujours pas d'idée précise, simplement des intentions confuses. J'ai décidé un matin qu'il était largement temps de s'y mettre. Je me suis assis avec un papier et un stylo. Tout devint clair.

matte 2


Mais après avoir écrit les lignes directrices et avoir fait un premier jet de storyboard, le projet semblait gros pour une personne, avec seulement six mois devant elle. Je voulais filmer au début, parce que mon voeu le plus cher serait de rejoindre le monde du cinéma traditionnel, avec des acteurs sur un plateau. Mais ça ne rentrait pas dans du tout dans le concept, et j'ai décidé qu'il vallait mieux utiliser l'animation et des effets visuels pour concrétiser le projet. Les foules en 3d seraient impossibles à gérer seules, donc j'ai décidé de faire tous les personnages en 2d. Et de façon à optimiser au maximum la fabrication du film, j'ai utilisé les séquences de photo que j'avais prises, ce qui est proche de la pixillation d'une certaine façon, je les ai imprimées et rotoscopées une par une. Ceci m'a permit de réduire le temps d'animation à moins de deux semaines, ce qui est très court pour une durée de réalisation totale de 6 mois. A Supinfocom, j'ai découvert deux longs-métrages qui ont radicalement changé ma perception de l'animation japonaise : Tokyo Godfathers and Mindgame, fait respectivement par les studios Madhous et 4°C.

Ca m'a donné cette envie pressante de faire des expérimentations en mélangeant les média. J'ai vu cette technique marcher également sur Al Dente, que mes caramades de Supinfocom ont fait en suivant une technique similaire, ce qui aboutit à un résultat très esthétique. Je voulais rester libre avec les caméras, donc j'ai utilisé des décors peints pour les plans fixes, et des décors en 3d pour ceux en mouvement, comme le plan aérien de fin. J'avais une idée d'où j'allais au début, mais grâce à un de mes mentors, Casey Kwan, à Vancouver, je me suis efforcé de faire une maquette du visuel final.

matte 3

Le décor s'est revelé finalement beaucoup plus réaliste que je l'avais pensé, sur des dessins naïfs. J'ai poussé plus loin la maquette vers un plan animé final, et l'esthétique du film s'est ainsi développé peu à peu. J'ai ensuite réalisé quelques mois avant la fin que j'aurais pu ne pas utiliser d'éclairage mais me servir du logiciel 3d comme d'un simple moteur, et de peindre chaque texture et les rendre comme des applats, sans utiliser de matériau. Mais ça n'aurait probablement pas eu le même côté sombre et mystérieux. J'ai simplement utilisé différents média sans essayer de les fusionner de manière parfaite.



- Vous avez vécu et travaillé à Hong Kong, d'éducation française, et terminé vos études à Vancouver. Quel rôle joue vos qualités interculturelles dans votre travail ?

Jean-Julien Pous : Etant donné que je suis né et que j'ai passé une partie de mon enfance en Chine, que je suis revenu à Hong Kong pour le lycée avec ma famille, puis que je suis retourné en France étudier, et que j'ai passé seulement sept mois à Vancouver, mes racines sont plutôt en France et en Chine. Je n'avais jamais pensé à cette question avant qu'un ami me demande pourquoi je n'utilisais pas plus la Chine dans mes projets. Après ça, j'y ai réfléchi sérieusement et le reste est venu naturellement. Je pense avoir un point de vue différent sur les deux pays en étant plus ou moins extérieur. Je pense que ça aide à être ouvert d'esprit, a respecter les différences, et à voir au-delà des idées préconçues que chaque chacun a envers l'autre - qui peuvent être très suprenant parfois.


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