REVIEW Bryce 5 - DAZ 3D
Ecrit par : Pierre-Olivier Boidard
Qu'on l'apprécie ou bien qu'on le déteste, Bryce 5 est un logiciel qui ne laisse pas indifférent. Depuis 6 ans que je l'utilise pour initier mes étudiants aux subtilités de la conception 3D, je peux témoigner que l'engouement dépasse largement la répulsion...
Maintenant que les incertitudes concernant l'évolution du produit sont levées, on peut envisager pour Bryce un nouvel avenir. Nous reviendrons sur les versions prévues ainsi que leurs modalités de distribution. Bien que la concurrence se soit considérablement renforcée dans le domaine des générateurs de paysage, peu de programmes peuvent offrir un meilleur rapport qualité/prix. Car les possibilités de Bryce vont bien au delà de la réalisation de d'environnements virtuels, comme le montre avec talent tout une génération d'artistes et de fans.
Disons le tout net, Bryce n'offre en rien les capacités d'un modeleur traditionnel. La création de vos scènes passe obligatoirement par l'assemblage d'un grand nombre de formes de base - cylindres, cubes, sphères -, auxquelles ont va ajouter des objets plus détaillés conçus à l'aide d'un outil de modélisation (Amapi, Carrara, Cinema 4D, Blender, X-Frog, 3DS) et des personnages (Poser, Daz Studio).
 L'interface, affichage filaire et rendu (Bryce 5 - 2001)
Si en son temps l'interface a pu déstabiliser le novice comme l'utilisateur chevronné, le style s'est considérablement démocratisé chez Corel avec Poser ou d'autres éditeurs comme Pixologic avec Z-Brush. Lorsque l'on a intégré le fait que les manipulations s'effectuent en glissant la souris de gauche à droite, le fonctionnement de ces grosses boules colorées s'avère parfaitement intuitif.
La prise en main du logiciel peut également sembler déroutante (rien à voir avec Maya ou LightWave...) mais Bryce se révèle à l'usage d'une grande ergonomie : que faire en effet de 4 vues simultanées - et réduites - lorsque l'on peut passer d'une vue caméra à une vue latérale ou à une vue de dessus - orthonormée - quasiment en plein écran en pianotant sur son pavé numérique ? De nombreuses options sont en effet accessibles au clavier - les versions précédentes nous y avaient habitué - ou à l'aide d'un jeu d'icônes contextuel adapté à chaque type d'objet. Et tout cela avec des capacités d'affichage relativement correctes en mode filaire ; l'OpenGL est disponible, mais il ne vaut mieux pas compter dessus : j'attends de connaître le modèle de chipset graphique avec lequel ce type d'affichage ombré est compatible : à mon avis, il n'a pas encore été inventé ;-)
 Multi-replicate, objet importé, booléens et matières (Bryce 4 - 1998)
Les ingénieuses options de réplication multiple, de positionnement aléatoire ainsi que le fonctionnement performant des opérations booléennes - découpes ou soustraction d'objets - sont autant d'atouts, qui, bien maîtrisés peuvent contribuer au montage d'une scène complexe et détaillée. Je crée le plus souvent des scènes comportant de 3 à 5000 objets, mais je connais des fous qui vont jusqu'à plus de 20.000...
 Booléens, terrains et textures bitmap (Bryce 5 - 2001)
Un autre atout maître de Bryce réside dans sa capacité de modélisation par l'élévation d'une image en niveaux de gris. Le travail sur les terrains, implementé dès la toute première version du logiciel est en fait riche de nombreuses possibilités, allant bien plus loin que la (simple !) création de reliefs, au demeurant fort réalistes. Il suffit de voir le travail de certains maîtres de la première heure comme Kano ou plus récents comme Roobol pour en être convaincu. Je me souviens aussi d'un collègue infographiste qui à du batailler deux heures dans 3DS Max (2.5 à l'époque) pour faire ce que j'avais bricolé en dix minutes avec Bryce (4 à l'époque). Associé à un éditeur graphique externe (Photoshop), on peut travailler des images trés fines et obtenir des maillages d'une résolution impressionnante de 4096 par 4096 (soit 16777216 polygones, oui, vous avez bien lu...) Dans ces conditions, ça rigole beaucoup moins du côté de l'affichage, à moins d'en avoir gros sous le capot. Côté ressources, on ne va pas faire l'hypocrite : pour que ça tourne bien, il faut un minimum décent (P III 1 GHz - 256 Mo - 32 Mo VRam / G4 400 - 256 Mo - 16 Mo) et plus si affinités. Avec ma machine à 1 Go de Ram, je manipule sans problèmes des fichiers de 300 Mo sur disque. Après ça devient long à charger, surtout si on à un nombre d'objets supérieur à 5000... Avec un G5 2 x 2,5 GHz et 4 Go de RAM, on doit pouvoir monter de belles scènes...
 Bryce stocke les textures bitmap à l'intérieur des fichiers 3D : attention à utiliser des résolutions adaptées (Bryce 5 - 2001)
La version 5 nous apporte quelques nouveautés attendues, comme un véritable générateur d'arbres - mais également l'accès à une bonne bibliothèque de végétaux de forme courante prédéfinis - ou l'arrivée des metaballs (sphères attractives) qui permettent d'expérimenter la modélisation de formes organiques.
 L'accès à la bibliothèque d'arbres se fait en appuyant sur la touche "[Alt] + Windows" lorsque l'on clique sur l'icône correspondante dans la palette "Création" (fonction non documentée)
Mais le véritable talent de Bryce réside, de mon point de vue, dans les diversités de ses textures et la qualité globale de son rendu. Certes, le ray-tracing peut paraître vieillot, à l'heure ou l'on ne jure plus que par la radiosité ou l'HDRI... mais il existe des astuces pour simuler une illumination globale.
D'accord, la bête n'est pas des plus véloces : certains disent que les rendus sont encore plus lents qu'en version 4... La multiplication des modes de rendu - standard, détaillé, ombres douces, antialising, profondeur de champ - n'y est sans doute pas étrangère. Personnellement, je tendrais plutôt vers une accélération, mais je pense que c'est dû à mon enthousiasme, mais aussi probablement aux performances de ma machine, environ 20 fois plus puissante que celle de mes débuts avec Bryce... Expérimenter le rendu en réseau se révèle un peu prise de tête mais si vous avez la chance de pouvoir disposer d'une quinzaine de machines pour quelques nuits, vous pouvez même envisager le rendu d'animations dans une résolution correcte.
 Test de rendu en utilisant un light-dome composé de sources de lumière omnidirectionnelles. Bonjour le temps de rendu...(Bryce 5 - 2003)
Les matières utilisées pour les terrains, les rochers, ainsi que les brumes, nuages et quelques autres parmi les nouvelles textures volumiques sont d'une qualité incroyable et rendent à merveille cet aspect "fractal" des composantes de la nature. Il n'y à qu'à voir combien elles ont été imitées - mais rarement égalées - depuis quelques années dans d'autres applications du même type : TerraGen, Vue d'Esprit, MojoWorld, ... L'utilisateur dispose d'un grand nombre de paramètres pour régler l'application des textures bitmap selon le type d'objet - cylindre, cube, terrain, fichier OBJ avec coordonnées UV - parfois même un simple réglage de la fréquence peut conduire à des effets aussi séduisants qu'inattendus. Les anglo-saxons appellent cela "serendipity", le "hasard heureux"... N'hésitez pas à mixer l'algorithmique avec plusieurs couches ou masques d'images, saupoudrez de bump et n'oubliez pas d'enregistre la nouvelle texture ainsi obtenue : les bibliothèques de Bryce sont extensibles, on peut créer de nouvelles catégories en dupliquant celles d'origine. Ce fonctionnement, applicable aux objets - menu de la palette "Création", mais aussi aux textures et aux atmosphères n'à pas grand chose à envier aux ténors du secteur.
 Le clavier est en terrain, le reste composé de primitives, les textures sont préparées gràce à votre logiciel de dessin habituel; Bryce se charge du rendu final de l'objet (Bryce 5 - 2002)
Et la productivité, dans tout ça ? Difficile à conceptualiser pour une majorité de passionnés qui pratiquent la 3D à temps perdu, mais certains essaient d'en vivre et d'autres en vivent très bien ! Même si l'on se cantonne à l'illustration, le marché est vaste. Mes premiers Bryce "commercialisés" datent de 1998 - des graphiques et des rendus "en situation" de machines de laboratoire -, mais la palette va du print au web-design, en passant par le compositing pour l'architecture, le maquettage, la création de logo et j'en oublie... S'il paraît aberrant de vouloir se lancer dans la réalisation d'un film 3D entièrement sous Bryce, c'est un outil qui à tout à fait sa place dans la palette de l'artiste numérique, quelque part entre Photoshop et le modeleur de votre choix. J'ajoute que le fait d'obtenir en quelques clics - et grâce à quelques bons conseils - un résultat souvent plus que probant s'avère extrêmement encourageant pour les débutants. Un fait est certain, pour 84 euros, ce n'est pas la peine de s'en priver... En vente actuellement ici même et sur le site de DAZ 3D - http://www.daz3d.com/program/bryce/.
 Ne vous privez pas d'un peu de retouche : l'intégration d'objets 3D sur fond photo permet d'accroître le réalisme du premier plan (Bryce 5 / Amapi 7 - 2004)
Dernière nouvelle ! Pas sur le site de DAZ, qui se contente de son offre - pour l'instant en dollars - de téléchargement de sa version "5.1 améliorée" mais dans Computer Arts de septembre qui annonce pour la fin de l'année une évolution possible en 5.5 visant à réduire les principaux défauts de rendu et d'affichage. Si en plus ils pouvaient la faire en natif pour OS X...
Pierre-Olivier Boidard pixys@numericable.fr
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