3DVF : Bonjour Olivier et merci à l'avance pour le temps que tu nous accordes.
Tout d'abord, peux tu te présenter aux lecteurs 3DVF ?

Salut 3DVF. Je m’appelle Olivier Staphylas. J’ai 27 ans et suis animateur de personnages chez Dreamworks Animation à Los Angeles.

3DVF : Quels ont été les chemins qui t'ont mené à l'art infographique, plus précisément à l'animation et enfin à Dreamworks ?
J’ai commencé à m’intéresser à la 3D très jeune. A 15 ans, je me rappelle avoir regardé l’émission “l’œil du cyclone” de Canal , qui faisait un “spécial Imagina 95”. Il contenait des courts-métrages de Supinfocom et de plusieurs autres sociétés. C’était la première fois que je voyais des courts-métrages en 3d et ça a été un vrai coup de foudre. C’était aussi l’année de sortie de Toy Story et c’est là que j’ai compris que je voulais en faire mon métier.
A l’époque, je me demandais comment il fallait procéder pour travailler dans ce domaine. Mon parcours fut le suivant :
Apres un Bac Scientifique, j’ai intégré un IUT Services et Réseaux de Communication. En cours d’année, à l’IUT, j’ai postulé pour le concours de Supinfocom à Valenciennes. J’ai été accepté et suis allé à Supinfocom à la fin de ma première année d’IUT.
J’ai fait l’ensemble de la formation à Supinfocom, c’est à dire 4 ans. Je suis sorti en Juin 2003, avec un film de fin d’études qui s’appelait “Bus Stop”.
J’ai ensuite fait un court passage par BUF Cie à Paris, où j’ai travaillé sur le clip de Madonna “Love Profusion”. C’est là que j’ai compris que ma vraie passion était le dessin animé, le “cartoon”, et j’ai donc décidé de me spécialiser en animation. C’est pour cette raison que j’ai intégré les Gobelins. Je suis rentré en 3eme année en formation “conception et réalisation de films d’animation”. Je suis sorti des Gobelins avec le film “Le Building” (http://www.le-building.com) en juin 2005, qui m’a valu de recevoir une proposition d’embauche de la part de Dreamworks Animation.
La procédure d’obtention de mon visa de travail fut délicate mais après presque 10 mois d’attente, j’ai enfin pu rejoindre les studios Dreamworks, en tant que “character animator”. Je travaille actuellement sur le film “Kung Fu Panda”. (http://www.kungfupanda.com)



3DVF : Finalement, as-tu appris l'animation à travers l'école ou par toi-même, à la maison ?
Mes débuts dans la 3d et ma passion pour ce médium viennent de mes premières expérimentations faites chez moi sur 3D studio 4. C’était mon premier contact avec un logiciel de 3D. Ensuite les 2 écoles que j’ai faites (Supinfocom et Gobelins) m’ont énormément appris. Je n’ai jamais pour autant arrêté d’apprendre par moi-même, de faire du travail personnel, de lire plein de sites web, de tester de nouvelles fonctions, regarder et analyser des films, afin d’exercer mon œil et de mieux comprendre ce type d’images.

3DVF : Quels sont tes outils préférés et pour quelles raisons ?
Je suis un grand amoureux de Maya depuis mon entrée à Supinfocom. C’est avec ce logiciel que j’ai fait mes études, ainsi que mes 2 courts-métrages. En rendu, j’utilise Mental Ray. En compositing, After Effects et Shake. Et bien sûr, Photoshop. Je pense que les outils sont importants ; il est vrai que certains logiciels peuvent être mieux que certains, mais au final le plus important c’est de bien connaitre le logiciel avec lequel on travaille. A mon avis, connaître à moitié 2 logiciels ne sert pas à grand chose. Il vaut mieux se concentrer sur 1 et passer le reste de son temps à créer des images plutôt qu’apprendre sans arrêt de nouveaux softs.

3DVF : Dreamworks met il à disposition des logiciels développés en interne ?
Oui, chez Dreamworks on ne travaille qu’avec des logiciels maison. Tous les départements ont un logiciel spécialisé et dédié à leurs propres besoins. Ensuite, il y a un puissant pipeline et système de fichiers qui relie tout le monde et permet un travail en parallèle et une communication inter-départements. En arrivant ici, on est formé à ces logiciels pendant plusieurs semaines avant d’être mis en production.

3DVF : Quelles sont tes méthodes de travail pour mener à bien tes animations ?
Je pense toujours énormément à mon plan avant de le commencer. Je trouve qu’il ne faut pas se précipiter dans le soft et commencer à mettre des clés partout. C’est la meilleure méthode pour s’y perdre. Au final, ça peut t’obliger à recommencer ton plan et donc te faire perdre du temps. Je préfère penser à mon plan, à la ligne de dialogues, au contexte, à l’émotion à transmettre, à l’état d’esprit des personnages. Ensuite, je me consacre à mon “acting”, à comment je vais essayer de rendre ce plan intéressant visuellement, tout en transmettant tout ce qu’on me demande.

3DVF : Utilises-tu une caméra pour te filmer et étudier les animations faciales ou bien encore pour avoir une base de rotoscopie ?
Oui, la plupart du temps j’aime bien jouer moi-même la performance que j’ai en tête devant une caméra afin de l’analyser. J’étudie les mouvements de mon corps ou de mon facial. C’est une bonne référence et une bonne base de travail. Par contre, il ne s’agit pas du tout d’utiliser ça pour de la rotoscopie. Chez Dreamworks, nous faisons de l’animation traditionnelle, de l’animation keyframe, surtout pas de la rotoscopie (fait de décalquer le mouvement d’une vidéo), ni de la motion capture.
C’est une des premières qualités du studio, ainsi qu’une de ses plus grandes fiertés. L’animation est un art ou l’animateur insuffle la vie dans une marionnette 3D et la rend vivante et crédible.

3DVF : Dans ton travail quotidien, utilises tu des références présentes dans la nature ?

Oui tout à fait, le travail de l’animateur est de savoir comment bougent les choses, les gens, les animaux. Cela passe donc par une observation permanente de tout ce qui t’entoure.



3DVF : Il y a t-il un acting particulier lié a Kung Fu Panda et dans quel mesure peux-tu nous parler du film sans trop en dévoiler ?
Le film est très drôle et Po, le panda, personnage principal du film, a un côté balourd et un peu “geek” que nous avons essayé de maintenir tout au long du film.

3DVF : Quelle est la chose la plus complexe à tes yeux et pour quelle raison ?
En animation, chaque nouveau plan est en quelque sorte un nouveau challenge, donc déjà une première difficulté. Sinon, la complexité s’avère différente pour chaque animateur. Certains excellent en comédie, d’autres plutôt dans des scènes physiques avec beaucoup de “body movement”. D’autres encore sont plutôt axés sur les actings subtiles.

3DVF : Aurais-tu des conseils à donner aux animateurs qui voudrait développer leurs compétences ?
Pratiquer, être très exigeant, montrer son travail et demander l’avis de personnes autour de soi. Accepter la critique. Regarder les choses avec un œil actif et intelligent afin de les analyser et les comprendre. Regarder le travail de grands maitres de l’animation comme Milt Kahl, James Baxter, Kristof Serrand, etc.

3DVF : Que penses-tu de l'évolution et des chemins pris par les outils informatiques pour l'animation ?
Elle est très positive. Le but est que les outils se fassent de plus en plus pratiques et discrets afin d’aider les animateurs à traduire ce qu’ils ont en tête de la meilleure façon possible, la plus fidèle, et aussi la plus spontanée.



3DVF : Rêves-tu d'un outil te permettant de travailler avec plus d'aisance et de productivité?
Oui bien sûr. Je souhaiterais des programmes plus rapides encore, des rigs plus légers et interactifs. Mais il faut faire avec ce qu’on a et essayer de faire du bon travail malgré les limites et les contraintes avec lesquelles on doit bosser.

3DVF: Parle-nous un peu de l'ambiance et des méthodes de travail au sein de Dreamworks ?
L’ambiance à Dreamworks est extra. C’est un immense studio contenant près de 1200 personnes. Le campus est très joli et agréable, conçu pour que tout le monde s’y sente bien. Il y a des bâtiments différents pour chaque département. Aux Etats-Unis, tout le monde est spécialisé, contrairement à la France où chacun fait un peu de tout. Ici, il y a des départements modeling, rigging, lighting, animation, effets spéciaux, etc.
L’ambiance en animation est très sympathique et conviviale. Il y a beaucoup d’étrangers, ce qui apporte de la fraîcheur, une grande richesse et un côté très cosmopolite au département. De nombreuses nations sont représentées, comme : Canada, Italie, Espagne, Angleterre, Suisse, Suède, Japon, France et quand même un peu les Etats-Unis bien sûr… :)



3DVF: Existe t-il une sorte d'Université interne permettant la formation continue ?

Le studio organise des conférences et fait venir des intervenants de l’extérieur sur de nombreux thèmes. Des projections de courts-métrages ou de films sont aussi organisées.
Dans le département animation, nous faisons une réunion hebdomadaire où l’on étudie des films, des techniques, ou des aspects de l’animation. C’est très intéressant et c’est un moyen de continuer à progresser et comprendre mieux les choses.